et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi.
Semblable au peuple juif de cette prophétie d’Isaïe — rappelée lors de la messe de la Nativité du Seigneur, pendant la nuit de Noël —, Notre‑Dame de Paris nous invite à marcher vers la lumière du Christ. Ce parcours initiatique et symbolique commence par l’espace profane du parvis à l’occident, nous fait progresser dans la nef où nous attendent de nombreuses épreuves et nous mène jusqu’au chœur à l’est pour y recevoir la lumière de l’Orient.
Le parvis
le point de départ des routes de France est situé sur le parvis de Notre‑Dame de Paris.
C’est également le point de départ de notre quête initiatique.
Parvis de Notre‑Dame de Paris
© Dominique de Lagaye (2026)
Le parcours initiatique commence sur le parvis, espace devant la cathédrale accessible à tous. Nous sommes encore dans le monde profane. Toutefois, nous avons déjà un repère. Sur le sol du parvis apparaît une plaque de cuivre octogonale, forme semblable à celle de nombreux baptistères. C’est le point kilomètre zéro car c’est de ce lieu que sont calculées les distances des voies qui mènent à Paris, depuis une ordonnance du roi Louis XV en 1769.
Une borne y fut apposée en 1786, remplacée par une plaque en 1924. Celle‑ci, trop endommagée après l’incendie de Notre‑Dame de 2019, fut refabriquée par les métalliers du centre de maintenance et d’approvisionnement de la ville de Paris et posée, le 1er juillet 2025 :
Ce point de départ des routes de France est, pour nous, la marque visible du commencement de notre quête initiatique vers la lumière.
La façade
marquent la séparation
entre l’espace profane du parvis
et l’espace sacré de la nef.
© Dominique de Lagaye (2026)
Nous nous trouvons face à la façade occidentale. Celle-ci est encadrée par deux tours qui séparent le monde profane du monde sacré, semblables aux deux colonnes à l’entrée du temple de Jérusalem :
il dressa la colonne de droite et lui donna pour nom : Yakîn ;
il dressa la colonne de gauche et lui donna pour nom : Boaz.
Les trois portails
au nord celle du travail avec les travaux des champs,
au sud celle de la chevalerie avec saint Marcel combattant un dragon,
et au centre, la voie sacerdotale, avec le Christ bénissant.
de Notre‑Dame de Paris
© Julie de Lagaye (2006)
Pour accéder au sanctuaire, il nous faut faire un choix car trois voies s’offrent à nous. En effet, comme la cité sainte qui dispose de trois portes sur chacune de ses quatre murailles (Ap 21, 13), la cathédrale dispose également de trois portes sur chacun de ses côtés, sauf à l’est déjà ouvert à la lumière divine.
Sur les trois portails de la façade occidentale, ces trois voies sont le reflet du ternaire des trois classes de la société médiévale :
recueilli par François Guizot, Collection des mémoires relatifs à l’histoire de France, page 439 (1824)
Sur le portail nord sont sculptés les travaux des champs, ce qui évoque la voie du travail, celle des paysans, des artisans, des commerçants. Par son travail à la terre de la Création, le paysan contribue à l’avenir du monde divin, c’est pourquoi chaque signe du zodiaque est associé à un travail agricole.
Sur le portail sud, un évêque, saint Marcel, combat un dragon. C’est la voie de ceux qui combattent, c’est celle de la chevalerie. Il s’agit d’un combat spirituel intérieur contre tout ce qui peut nous empêcher de progresser vers la lumière.
Sur le portail central est représenté le Christ bénissant. C’est la voie sacerdotale, réservée à ceux qui se sont engagés avec le Christ sur le chemin de la prière et de la prêtrise. Ce chemin est le plus délicat car il procède des deux précédents. Le Christ lui‑même est prêtre, prophète et roi. Cette voie est également la voie royale car le roi, par son onction est à la fois ordonné prêtre et roi.
Même si ces trois voies se combinent entre elles, nous devons choisir celle qui nous convient pour entrer dans le sanctuaire. Toutefois, nous ne sommes pas seuls, nous disposons de guides.
Les guides
la première guide que nous rencontrons
est la Vierge Marie
qui intercède pour nous auprès de son fils, Jésus‑Christ.
du trumeau du portail nord
de la façade occidentale
© Dominique de Lagaye (2026)
Il répondit : « Comment le pourrais-je, si personne ne me guide ? »
Notre marche vers la lumière est parsemée d’épreuves. Heureusement, sur la façade apparaissent de nombreux guides qui nous aident dans la lecture des symboles de la cathédrale et surtout nous protègent dans ce passage entre le monde profane et le monde sacré.
La première de ces guides est, bien sûr, la Vierge Marie qui, dans la tradition catholique est reine des cieux Elle intercède pour nous auprès de son fils Jésus‑Christ. Elle tient dans sa main une étrange fleur en forme de croix de laquelle s’élève un bourgeon, symbole de toutes les espérances futures. À sa suite, saint Jean l’Évangéliste et saint Jean le Baptiste ; le premier nous oblige à marcher vers la lumière tandis que le second nous invite à descendre au plus profond de nous-même. Saint Denis, premier évêque de Paris, par sa tête tranchée, évoque cette rupture entre le matériel et le spirituel. Sainte Geneviève, par la flamme qu’elle porte et qu’elle protège d’un démon, nous éclaire sur le chemin de la lumière. De même, l’abbé Suger, à travers l’art gothique qu’il développa, apporte la lumière dans la cathédrale. L’évêque Maurice de Sully est le bâtisseur de cette cathédrale. Le roi Salomon, en tant que bâtisseur du temple de Jérusalem, reflet de notre temple intérieur, nous guide par sa sagesse.
Notre principal guide reste le Christ. À la fois homme et Dieu, il maîtrise les forces contraires, présentes sous la forme de deux serpents sous ses pieds, et bénit le pèlerin à l’entrée de l’édifice.
Les épreuves
Il représente l’hésitation.
Il ne s’est pas encore débarrassé des doutes et des préjugés
qui l’empêchent de progresser dans sa quête.
Au-dessus, une dame tient un médaillon avec une couronne,
elle est la persévérance qui tient la couronne,
récompense de sa constance.
piédroit droit du portail central
© Dominique de Lagaye (2026)
Les médaillons des vices et des vertus — restaurés par l’architecte Eugène Viollet-Le-Duc (1814‑1879) qui s’est inspiré des médaillons du XIIIe siècle de Notre-Dame de Laon — rappellent les épreuves qui nous attendent dans notre parcours initiatique vers la lumière.
Sur le piédroit à droite, le premier médaillon des vices et des vertus représente un homme avec son pied gauche dans un sanctuaire, le pied droit à l’extérieur. Cet homme hésite à pénétrer dans l’édifice, il représente l’hésitation. C’est l’impétrant qui doute de sa quête vers la lumière, effrayé par les épreuves qui l’attendent.
Heureusement, au‑dessus de ce médaillon apparaît la couronne de la persévérance. Véritable encouragement à continuer, elle est la récompense de celui qui a su persévérer et maîtriser ses passions pour atteindre son but.
Il n’a pas su maîtriser ses propres énergies.
Au-dessus, le corbeau est l’allégorie de l’humilité,
le renoncement nécessaire à tout ce qui nous entrave,
l’Œuvre au noir alchimique.
piédroit gauche du portail central
© Dominique de Lagaye (2026)
Sur le mur d’en face, un cavalier est désarçonné par sa monture. Il s’agit de l’orgueil. Le cavalier lourdement armé, représente l’aspect matériel ; le cheval qui le renverse est la substance spirituelle, ce sont les énergies à maîtriser. Cette étape est liée à un violent combat intérieur, entre le monde profane et le monde sacré, nécessitant de renoncer à ses biens pour ouvrir son esprit à de nouvelles acquisitions plus élevées. C’est le combat du fixe et du volatil en alchimie.
Juste au-dessus, une femme tient un disque contenant un corbeau, allégorie de l’humilité. En alchimie, sa noirceur évoque l’Œuvre au noir, la putréfaction, la séparation entre le fixe et le volatil. Le cherchant doit avoir l’humilité d’accepter cette putréfaction, ce renoncement à ses impuretés sinon il retombe dans les ténèbres.
La transmission du savoir
représentent l’exotérisme
— les connaissances révélées extérieurement —
avec le livre ouvert et l’ésotérisme
— les connaissances cachées, intérieures —
avec le livre fermé.
© Julie de Lagaye (2007)
La transmission du savoir reçu prend deux voies : l’une ouverte, accessible à tous et l’autre fermée, secrète, celle des initiés. Cette double transmission initiatique est représentée à Notre-Dame de Paris par le médaillon de la Philosophie — ou la Philosophie hermétique, c’est‑à‑dire l’Alchimie — sur le pilier central. Celui‑ci représente une femme assise sur un trône tenant un livre ouvert et un livre fermé. Cette allégorie est un résumé de tout le processus de transmission initiatique : le livre ouvert est la connaissance reçue, connue et accessible à tous (l’exotérisme). Au contraire, le livre fermé est la connaissance cachée, réservée aux initiés (l’ésotérisme), à déceler en allant au fond de soi. En alchimie, le livre fermé est la Matière première que l’apprenti doit découvrir et le livre ouvert est la matière purifiée, travaillée, qui a révélé ses secrets, la Pierre philosophale.
Le sanctuaire
Notre parcours initiatique, nous mène du porche à l’Occident jusqu’à la lumière du chœur à l’Orient. Dans la nef, l’eau présente dans le bénitier nous purifie et le feu des cierges nous éclaire.
Le pavé mosaïque
nous encouragent à progresser
en trouvant un équilibre
entre l’ombre et la lumière,
le jour et la nuit,
le bien et le mal.
© Dominique de Lagaye (2026)
Alors que nos regards s’élèvent vers la beauté des vitraux, nous ne prêtons guère attention aux dalles noires et blanches sur lesquelles nous progressons. Par leur alternance, elles évoquent cette dualité entre le jour et la nuit, la lumière et les ténèbres, le bien et le mal qui accompagnent chaque pas dans notre vie.
L’objectif n’est pas de ne conserver que le blanc et d’éviter le noir mais bien d’évoluer en trouvant l’équilibre, l’harmonie entre les contraires.
La marque des bâtisseurs
nous montrent que, à travers nos humbles tâches,
nous construisons un édifice qui nous dépasse.
sur l’un des piliers du collatéral droit
© Dominique de Lagaye (2015)
Discrètement gravées dans la pierre, les marques de tâcheron furent apposées par le tailleur de pierre afin d’attester de son travail ou par le maître des ouvriers, pour valider la qualité de la taille de la pierre.
Même si le bâtisseur n’en a pas toujours conscience, à travers la marque qu’il appose sur sa pierre afin d’être payé, il contribue à une œuvre qui le dépasse car elle s’inscrit dans la durée et constitue un axe entre le ciel et la terre. Chaque pierre de la cathédrale a donc son importance. De même, chacun d’entre nous, parfois par nos modestes actions quotidiennes, contribuons à édifier une œuvre qui nous dépasse.
La lumière des rosaces
Une triple lumière éclaire notre progression dans la nef : celle des trois rosaces. Par son enseignement et par la lumière qu’elle répand, la rose est la fleur mystique des secrets de l’amour divin. Dans sa Divine comédie, le poète florentin Dante Alighieri (vers 1265‑1321) décrit cette rose de paix et d’amour qui révèle les « trois personnes divines » :
Sa lumière pénètre sans obstacle dans tous les corps, suivant qu’ils en sont plus ou moins dignes. Tout ce royaume joyeux et en paix, peuplé d’habitants anciens et nouveaux, avait la vue fixée sur un seul point. Ô lumière des trois personnes divines, qui en brillant aux yeux des bienheureux, comme une seule étoile, leur donne tant de félicité, daigne abaisser tes regards sur ce monde de tempêtes !
traduction du père Félicité Robert de Lamennais (1782–1854) en 1863.
À Notre‑Dame de Paris, les trois rosaces nous annoncent les différentes étapes de la révélation des mystères divins.
la rosace nord nous fait entrer
dans l’espérance de la venue du Messie.
© Dominique de Lagaye (2015)
La rosace nord, construite par l’architecte Jean de Chelles (1200‑1265) en 1250 — seule rose intacte depuis son origine — nous prépare à la venue du Christ. Elle est dans les tons de bleu-violet, couleur de la pénitence mais aussi de l’espérance. Elle est ornée de rois et de prophètes de l’Ancien Testament. En son cœur se situe la Vierge Marie qui tient l’Enfant‑Jésus sur ses genoux. C’est par elle que se réalise toute cette espérance de la venue du Fils de Dieu. Elle est entourée de huit petits médaillons, chiffre de la réalisation de toute espérance.
Cette rosace est au nord, jamais éclairée par la lumière directe du soleil, elle évoque l’Œuvre au noir des alchimistes, temps de sacrifice, de combat intérieur, de renoncement pour atteindre la lumière.
la rosace sud ouvre à la lumière divine.
© Dominique de Lagaye (2013)
La rosace sud, qui date de 1270, mais refaite au XVIIIe siècle, est dans des tons plus lumineux. Éclairée par le soleil de midi, elle nous mène à la pleine lumière de la Révélation de la fin des Temps. Dessus, sont représentés des apôtres, des saints, des martyrs et des scènes du Nouveau Testament. En son centre se situe le Christ de l’Apocalypse. Son épée sortant de sa bouche symbolise la puissance du Verbe. Les sept étoiles dans sa main sont les sept dons de Dieu : sagesse, discernement, conseil, force, connaissance, piété et crainte de Dieu, (d’après Is 11, 1-3).
Le Christ est entouré des quatre vivants — le Tétramorphe (cf. Éz 1, 5 ; Ap 4, 6) — avec l’Aigle, le Lion, l’Homme et le Taureau, représentant quatre aspects différents d’une seule et même réalité. Ceux-ci ont été associés aux quatre évangélistes — Jean, Marc, Matthieu et Luc — aux étendards des quatre principales tribus d’Israël — Dan, Juda, Ruben et Éphraïm (cf. Gn 49 ; Nb 2) — mais aussi aux quatre aspects du Christ qui est à la fois Dieu, Roi, Homme et Prophète.
Le Christ est entouré de quatre médaillons. Quatre est le chiffre du monde matériel, terrestre — quatre directions, quatre éléments, quatre saisons, etc. — marquant l’incarnation du Christ sur terre.
Éclairée par la pleine lumière du soleil du midi, elle est l’Œuvre au blanc du travail alchimique qui est une phase de purification.
et les signes du Zodiaque qui entourent la Vierge Marie, au centre,
montrent cet équilibre entre les forces contraires,
sans cesse présentes dans notre progression initiatique.
© Dominique de Lagaye (2013)
La rosace ouest date de 1225 mais a été modifiée et restaurée plusieurs fois au fil des siècles. Parmi ces nombreux médaillons apparaissent des ancêtres de la Vierge, les vices et les vertus, l’association entre les signes du Zodiaque et les travaux des champs. Elle est orientée vers l’ouest, en direction du soleil couchant, lieu d’équilibre entre le jour et la nuit. Elle nous invite donc à trouver cet équilibre entre les contraires, déjà rencontré. Elle est entourée de douze médaillons, rassemblant les huit de la rose nord et les quatre de la rose sud. Douze est le chiffre de l’ordre céleste, de l’harmonie de l’Univers semblable aux douze mois et aux douze signes du Zodiaque. Chaque être et chaque chose y trouve sa place, en équilibre avec l’Univers, d’où les douze tribus d’Israël, les douze apôtres, les douze portes de la Cité sainte, etc.
La lumière du soleil couchant qui éclaire cette rosace est de couleur rouge. L’Œuvre au rouge en alchimie est la couleur de la réalisation de son œuvre, de la transmutation des métaux en or. Ce rayonnement nous invite à transmettre ce que nous avons reçu à ceux qui sont dans les ténèbres de la même manière que l’Œuvre au rouge transmute le plomb impur en or le plus parfait.
Transmission initiatique
rappellent que si nous avons plus de connaissances que nos prédécesseurs
et voyons plus loin qu’eux,
ce n’est pas parce que nous leur sommes supérieurs
mais simplement parce que nous sommes juchés sur leurs épaules.
© Julie de Lagaye (2005)
Sur les vitraux sous la rosace sud sont représentés les quatre évangélistes Luc, Matthieu, Jean et Marc portés sur les épaules de quatre prophètes Jérémie, Isaïe, Ézéchiel et Daniel. Ceux‑ci représentent la transmission initiatique. Les quatre évangélistes sont dans la continuité des prophètes de l’Ancien Testament. Ils nous rappellent que nous sommes « des nains juchés sur des épaules de géants ». Cette expression du XIIe siècle du philosophe Bernard de Chartres (mort vers 1126), nous a été rapportée en 1159 par Jean de Salisbury (1115‑1776) évêque de Chartres :
de sorte que nous pouvons voir des choses plus éloignées qu’eux,
certainement pas à cause de l’acuité de notre propre vision ou de la grandeur de nos corps,
mais parce que nous sommes portés et élevés par leur taille gigantesque.
Ainsi, si nous avons plus de connaissances que nos prédécesseurs, ce n’est pas parce que nous sommes plus grands qu’eux, simplement parce que nous bénéficions de leur connaissance.
Anges et démons
prêt à nous faire chuter dans notre progression.
Heureusement, un ange est là pour nous protéger
© Dominique de Lagaye (2026)
Si nous ne prêtons garde, au‑dessus de nous, dans la clé de voûte de chaque travée, une tête de démon nous observe en nous faisant une terrifiante grimace, prêt à nous faire tomber dans notre progression spirituelle. Face à lui sur la même clé de voûte, un visage d’ange ouvre grand les yeux pour suivre notre évolution. Une fois de plus, nous retrouvons cet équilibre entre les contraires, nécessaire à notre progression.
avec ses douze étoiles,
la lune sous ses pieds,
le livre et l’enfant‑Jésus dans ses bras,
est une allusion à la Vierge de l’Apocalypse,
celle qui a vaincu les forces du mal qui entravent notre espérance.
© Dominique de Lagaye (2026)
Heureusement, sur la clé de voûte, à l’intersection de la nef et du transept, apparaît la Vierge Marie portant l’Enfant‑Jésus. Ses pieds reposent sur la lune et elle est entourée de douze étoiles. Elle est une allusion à la Vierge de l’Apocalypse :
Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête.
Les douze étoiles qui l’entourent — allusion à la couronne de douze étoiles de l’Apocalypse — révèlent sa place centrale dans l’ordre de l’Univers. La lune sous ses pieds — astre changeant — montre sa maîtrise des passions, influencées par les phases de la lune. Le livre qu’elle tient avec l’Enfant‑Jésus est le livre de Vie, celui mentionné dans l’Apocalypse et que seul le « rejeton de David » (Ap 5, 5) peut ouvrir.
Pour nous, elle a vaincu les forces du mal qui entravent notre espérance.
Le chœur
La clôture du chœur nous donne un dernier enseignement transmis par des initiés comme les deux saints Jean, Marie‑Madeleine ou les rois mages. Surtout, la clôture du chœur nous dévoile l’accomplissement de la promesse divine faite par les prophètes :
Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé :
« Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix ».
Chœur sud
à saint Thomas, le double du Maître, le « jumeau » qui a reçu les paroles du Christ,
ces initiés nous transmettent l’enseignement secret du Christ.
Clôture sud du chœur, Jean-Ravy, de 1318 à 1344
© Julie de Lagaye (2015)
L’architecte Jean Ravy réalise la clôture sud du chœur de 1318 à 1344. Nous y recevons la lumière à travers des initiés proches du « Maître ».
L’apparition à Marie-Madeleine montre que le Christ est le jardinier de la Nouvelle Création, c’est‑à‑dire d’un état nouveau, qui est supérieur aux précédents. La vue du Christ « son maître » permet à Marie de recevoir son ultime initiation, celle de la connaissance des secrets divins. C’est ce que nous révèle l’évangile de Marie, texte gnostique du IIe siècle :
J’ai eu une vision du Maître, et je Lui ai dit :
“Seigneur, je Te vois aujourd’hui dans cette apparition.”
II répondit : “Bienheureuse, toi qui ne te troubles pas à ma vue.
Là où est l’intellect, là est le trésor” ».
Plus loin apparaît saint Thomas. Il est face au Christ et se refuse à croire que celui qui est mort sur la croix soit à présent vivant devant lui (Jn 20, 24-29). Il confronte sa foi et sa raison. Il a besoin de la connaissance, pour accéder au Christ. Dans l’évangile de Thomas, un autre texte gnostique du IIe siècle, c’est l’apôtre Thomas qui apparaît comme le véritable initié :
Et il a dit : « Celui qui parvient à l’interprétation de ces paroles ne goûtera point de mort ! »
Thomas est surnommé Didyme (Δίδυμος) ce qui signifie « Jumeau » en grec, car il est le parfait initié, le double de son maître :
Moi‑même, je deviendrai ce qu’il est, et ce qui est caché lui sera révélé. »
Chœur nord
nous rappelle l’importance
de ne pas révéler les secrets de notre démarche à des profanes
Clôture nord du chœur, Pierre de Chelles, de 1300 à 1318
© Julie de Lagaye (2015)
Le chœur nord a été réalisé par l’architecte Pierre de Chelles de 1300 à 1318. Il représente des passages allant de la naissance du Christ jusqu’à son dernier repas, la Cène, avant sa crucifixion. Ces événements sont un encouragement à suivre la voie d’amour que nous transmet le Christ.
Les rois mages nous invitent à suivre l’étoile — notre guide — qui mène à la vraie lumière : La couronne posée sur le sol est un encouragement à renoncer à notre propre gloire face à l’Enfant‑Jésus, appelé à être le véritable roi de ce monde. La coupe qu’il tient préfigure le pain et le vin de l’Eucharistie qui permet l’union, la réintégration de l’Homme à Dieu.
À côté, le massacre des Innocents a été demandé par le roi Hérode — conseillé ici par un démon qui soulève sa couronne derrière sa tête — à cause de la révélation des rois Mages sur « le roi des Juifs qui vient de naître » (Mt 2, 2-16). Nos indiscrétions peuvent entraîner des répercussions très importantes, d’où l’importance du secret.
La fuite en Égypte évoque un retour à la terre des connaissances initiatiques. Abraham (Gn 12, 10) et Moïse (Ex 3, 10) ont également vécu en Égypte. Le passage par le désert est un retrait sur soi permettant la maturation intérieure des connaissances reçues.
Lorsque Jésus discute dans le Temple de Jérusalem (Luc 2, 41-52), les valeurs s’inversent. C’est l’enfant qui a su conserver intact l’enseignement reçu face à des maîtres pourtant expérimentés.
Il reçoit la transmission directe, celle qui se passe de mots.
Clôture nord du chœur, Pierre de Chelles, de 1300 à 1318
© Julie de Lagaye (2005)
Sur la représentation de la Cène, saint Jean est sur le cœur du Christ. La transmission du message divin ne nécessite plus de mots, et passe directement par le cœur. En dessous le calice de la Cène deviendra le saint Graal, quête absolue de la connaissance du divin.
Mausolée du comte d’Harcourt
qui est le renoncement nécessaire
pour atteindre un état supérieur de l’âme.
œuvre de Jean‑Baptiste Pigalle de 1771 à 1776
Chapelle Saint‑Guillaume
© Dominique de Lagaye (2007)
Le mausolée du comte Claude‑Henri d’Harcourt, lieutenant général des armées du roi Louis XV, réalisé par le sculpteur Jean‑Baptiste Pigalle entre 1771 et 1776, a pour thème la Réunion conjugale. Ce mausolée avec son impressionnante représentation de la mort, nous prépare à notre propre mort initiatique. Celle du renoncement nécessaire pour entrevoir de meilleurs choses et atteindre un état supérieur de l’âme. Le sablier tenu par la mort rappelle que notre fin est proche et qu’il ne faut donc pas perdre notre temps avec des œuvres futiles.
Vœu de Louis XIII
le roi Louis XIII accomplit son vœu
de remettre le royaume de France
sous la protection de la mère du Christ.
installé en 1723
© Dominique de Lagaye (2025)
Derrière le chœur se dresse le monument grandiose du vœu du roi Louis XIII, réalisé par Guillaume I Coustou (1677‑1746) et installé en 1723. Le roi offre sa couronne et son sceptre à la Vierge Marie, à la suite de son vœu du 10 février 1638 de la prendre comme protectrice du royaume de France. Ce texte est une pure action de grâce pour l’aide providentielle que Dieu a apportée au roi
Dans notre démarche initiatique, la sculpture le vœu de Louis XIII nous encourage à renoncer aux richesses apparentes pour acquérir la véritable sagesse :
L’acquisition de l’intelligence est préférable à l’argent.
À la suite de ses vœux, naissait le 5 septembre 1638 Louis-Dieudonné, l’un des plus célèbres rois de France connu sous le nom de Louis XIV (1638‑1643‑1715).
Chœur est
contient la couronne d’épine du Christ.
Elle nous rappelle les souffrances à accepter pour atteindre la lumière divine.
œuvre de Sylvain Dubuisson, 2024
© Dominique de Lagaye (2026)
Lors de la réouverture de Notre‑Dame de Paris, le 13 décembre 2024, la Couronne d’épines — portée par le Christ lors de sa crucifixion et ramenée en France par le roi Saint Louis en 1239 — a été déposée solennellement à Notre-Dame de Paris dans un nouveau reliquaire, œuvre de l’architecte Sylvain Dubuisson (né en 1946) :
Par ces jeux de transparence, de reflets, de lumière et d’ombre, ce reliquaire invite à accepter les souffrances nécessaires, pour élever son âme jusqu’à la contemplation de la lumière divine, comme le fit le Christ pour sauver l’humanité :
lui qui, sur le bois, a porté lui-même nos fautes dans son corps,
afin que, morts à nos fautes, nous vivions pour la justice ;
lui dont la meurtrissure vous a guéris.
Bien qu’arrivé à l’orient de la cathédrale, c’est encore trop tôt pour accéder pleinement à la lumière et il nous faut retourner sur le parvis de la cathédrale pour transmettre ce que nous avons vu.
Le portail central
Sur le portail de Notre‑Dame de Paris, réalisé vers 1220‑1230, se réalise l’équilibre de toute notre démarche initiatique. Celui‑ci, situé à l’Occident, lieu du coucher de soleil, concilie le jour et la nuit, comme la rosace occidentale.
De chaque côté du portail, à la base des pieddroits, nous avons déjà rencontré les médaillons des vices et des vertus, étudiés au début de notre quête. À chaque vertu correspond le vice correspondant.
Sur le trumeau central, les médaillons des sept arts libéraux inspirés de ceux de Laon — en réalité la Médecine, la Géométrie, la Musique, l’Astronomie, la Dialectique et la Philosophie — représentent les connaissances fondamentales indispensables à l’éducation d’un homme libre. C’est grâce à leur connaissance que nous transmettons l’enseignement reçu.
Nous pouvons ainsi renaître à notre nouvelle vie avec les ressuscités sortant de leur tombeau sur le premier linteau. Un chevalier, premier ressuscité, veille sur nous.
alors que les autres ressuscités émergent à peine de leur tombeau.
Il incarne les valeurs chrétiennes de la chevalerie
et est prêt à nous guider vers la Cité Sainte
Victor Toussaint (1853)
© Dominique de Lagaye (2026)
Le premier linteau annonce la résurrection des morts. Sur cette scène restaurée en 1853 par le sculpteur Victor Toussaint (1812‑1874), surgit hors de son tombeau un chevalier en arme, reconnaissable à son écu et son épée dans son baudrier. Il se tient droit, debout, alors que les autres personnages n’en sont qu’à s’extraire de leur tombeau. Il veille sur nous, il est le gardien des valeurs chrétiennes de la chevalerie, préfigurée par l’apôtre Paul :
et pour chaussures le Zèle à propager l’Évangile de la paix ;
ayez toujours en main le bouclier de la Foi,
grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ;
enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit,
c’est-à-dire la Parole de Dieu.
Au‑dessus, vient la pesée des âmes par l’archange saint Michel. Il utilise une balance qu’un diable tente de fausser en appuyant de toute sa force sur l’un des plateaux. Les élus repartent librement à la droite de l’ange. À sa gauche, des damnés sont enchaînés, comme prisonniers de leurs passions, pour être menés vers de cruels démons.
il écrase par ses tentations ceux qui ne se libèrent pas de leurs passions.
© Julie de Lagaye (2007)
Parmi eux, un démon avec des seins est assis sur un roi — pouvoir politique —, un évêque — pouvoir spirituel — et un marchand — pouvoir économique. Par ses tentations représentées par ses seins, il empêche l’évolution de ceux qui sont prisonniers par leurs passions.
indique la coudée du lieu.
C’est une « mesure d’homme »,
accessible à tous pour tailler sa pierre.
© Dominique de Lagaye (2026)
Au‑dessus, le Christ, ses pieds reposant sur la Cité Sainte, nous montre les plaies dans la paume de ses mains. Ce geste atteste que ses souffrances sont réelles. La distance entre les deux paumes correspond à la coudée utilisée à Notre‑Dame de Paris. Ainsi, grâce au Christ, la mesure de la cathédrale devient accessible. C’est une mesure humaine que nous devons utiliser pour tailler notre pierre. Ainsi, elle s’intégrera à un édifice aux dimensions universelles et divines qui nous dépassent :
ses portes, et sa muraille. La ville a la forme d’un carré : sa longueur est égale à sa largeur.
Il mesura la ville avec le roseau : douze mille stades ;
sa longueur, sa largeur et sa hauteur sont égales.
Puis il mesura sa muraille : cent quarante-quatre coudées, mesure d’homme et mesure d’ange.
La dimension spirituelle de la création est donc mesurable avec une « mesure d’homme et d’ange », elle est donc accessible, compréhensible à l’homme. Cela nous permet de percevoir la Cité sainte, par sa forme de cube, tout y est équilibré. Tout y est égal.
Grâce à la connaissance de cette « mesure d’homme et d’ange », chacun peut en connaître l’ordre de choses et donc enfin trouver sa place dans la création :
