Notre-Dame de Chartres

Gardienne de la Tradition


Cathédrale de Chartres

Notre-Dame de Chartres, par sa situation géographique, par son école et par ses sculptures
serait un haut lieu de la transmission initiatique.
Cathédrale Notre-Dame de Chartres
© Dominique de Lagaye

Débutée en 1194, dédicacée en 1260, Notre‑Dame de Chartres, est un haut lieu d’initiation et de transmission qui remonte avant l’ère chrétienne. En effet, une grotte était utilisée par des druides carnutes — du plateau de la Beauce — pour y vénérer la Virgini pariturae, c’est‑à‑dire « la Vierge qui doit enfanter ». C’est sur cette grotte que serait construite la cathédrale, d’où le puits des « Saints Forts » dans la crypte qui date de l’époque gallo‑romaine. Au XIe siècle, l’évêque Fulbert (vers 970‑1028) fonde l’École de Chartres qui est un centre de réflexion spirituelle où se côtoient l’enseignement païen (Aristote, Pythagore…), antique (Ptolémée, Boèce, Priscien) et la théologie chrétienne avec les arts libéraux.


Boëce et Priscien

La présence d’auteurs antiques comme Boëce ou le grammairien Priscien
montrent la diversité et la richesse des enseignements de l’école de Chartres.
Portail occidental de Notre‑Dame de Chartres – Boëce et Priscien
© Dominique de Lagaye

Cette transmission initiatique est symbolisée par la présence des quatre évangélistes Luc, Mathieu, Jean et Marc portés sur les épaules des prophètes Jérémie, Isaïe, Ézéchiel et Daniel. Ils sont dans la continuité, dans la transmission de l’enseignement des prophètes de l’ancien Testament. Ce sont des nains juchés sur des épaules de géants. Cette expression du XIIe siècle provient du philosophe Bernard de Chartres (mort vers 1126), rapportée en 1159 par Jean de Salisbury (1115‑1776) évêque de Chartres :

Bernard de Chartres disait que nous sommes comme des nains juchés sur les épaules de géants, de sorte que nous pouvons voir des choses plus éloignées qu’eux, certainement pas à cause de l’acuité de notre propre vision ou de la grandeur de nos corps, mais parce que nous sommes portés et élevés par leur taille gigantesque.[1]
Jean de Salisbury, Metalogicon « Défense de la logique » en latin, livre III, chapitre IV (1159)


Quatre évangélistes sur les épaules de quatre prophètes

Les quatre évangélistes sur les épaules de quatre prophètes rappellent que
« nous sommes comme des nains juchés sur les épaules de géants »,
comme le disait Bernard de Chartres.
Lancettes du transept sud de Notre-Dame de Chartres
© Dominique de Lagaye

Depuis que le roi Charles le Chauve offrit à la cathédrale de Chartres, le voile de la Vierge — chemise portée par la Vierge Marie lors de l’Annonciation et de la Nativité — en 876, la cathédrale devient un haut‑lieu de pèlerinages. Ceux‑ci connaissent un nouvel élan avec, entre autres, l’écrivain socialiste Charles Péguy (1873‑1914) qui, craignant pour la santé de son second fils Pierre, victime d’une fièvre typhoïde, se rend en une démarche sincère et pieuse à pied à Chartres en 1912 :

Voici Votre regard sur cette immense chape, Étoile du matin, inaccessible Reine. Voici que nous marchons vers Votre illustre cour, et voici le plateau de notre pauvre amour, et voici l’océan de notre immense peine. Ainsi nous naviguons, vers Votre cathédrale.
Charles Péguy, Tapisserie de Notre‑Dame (1913), Présentation de la Beauce à Notre‑Dame de Chartres

Depuis, de nombreux pèlerinages sont organisés chaque année, parmi lesquels le pèlerinage étudiant, le Pèlerinage Notre-Dame de Chrétienté, le pèlerinage des Guides et Scouts d’Europe, le pèlerinage du monde du travail, etc. ce qui permet à chacun de se mettre en mouvement, animé par sa foi, vers un lieu sacré pour aller à la rencontre de Dieu.

Depuis 1979, par sa beauté et son histoire, la cathédrale de Chartres fait partie du patrimoine mondial de l’Unesco qui dira d’elle :

la cathédrale de Chartres est le monument de référence par excellence de l’art gothique français.
Unesco, Évaluation des Organisations consultatives (Icomos, 1979), Justification, p. 1

Les mystères de la cathédrale de Chartres

La disposition géographique de Notre‑Dame de Chartres — proche de l’antique forêt druidique des Carnutes —, l’enseignement universel de l’école de Chartres et la dimension initiatique des sculptures qui ornent la façade contribuèrent aux nombreuses légendes — fondées ou non — qui entourent la cathédrale.

La crypte de la cathédrale de Chartres serait traversée par d’importants courants telluriques, permettant une régénération spirituelle. Quant à sa crypte avec son puits antique, elle s’inscrirait dans une tradition initiatique ancienne liée à la symbolique du passage de la mort à la vie et inversement. Cette mort initiatique s’accomplit dans les entrailles de la terre figurées par une grotte ou une crypte, lieu d’abandon de soi et de régénérescence. Par le renoncement à sa vie pour ressusciter purifié, le fidèle effectue un changement d’état qui lui ouvre la voie à de nouvelles connaissances.

La Vierge Noire actuelle dans la crypte, Notre‑Dame‑du‑Pilier, est une statue en bois qui date de 1508. Elle remplace une Vierge Noire plus ancienne, Notre‑Dame‑de‑Sous‑Terre qui a été détruite par les révolutionnaires en 1793. Avant l’ère chrétienne, une vierge noire aurait été vénérée par les Druides en tant que Virgo Pariturae, « la Vierge qui doit enfanter », la Mère Universelle qui enfante un nouveau monde. C’est la lumière qui jaillit des ténèbres. Sa symbolique est proche de la Vierge Marie qui, elle, est Mère de Dieu et à qui est dédiée la cathédrale. Ces liens entre l’édifice chrétien et les druides celtiques n’auraient rien de surprenant car la cathédrale de Chartres est assez proche de la forêt des Carnutes, haut‑lieu du Druidisme du temps des Gaulois.


Notre-Dame-du-Pilier

La Vierge noire — qui n’est pas noire — de Notre‑Dame‑du‑Pilier ne date que de 1508,
elle remplace une autre Vierge Noire plus ancienne détruite par les Révolutionnaires en 1793.
Sa noirceur est due essentiellement à la suie des cierges,
sa restauration en 2013 a laissé apparaître un bois très clair.
Notre-Dame-du-Pilier, chœur nord de Notre‑Dame de Chartres
© Julie de Lagaye

La fabrication du magnifique bleu de Chartres utilisé dans les vitraux — notamment celui de Notre‑Dame de la Belle‑Verrière — conserve secrets de fabrication depuis le Moyen Âge. Nous savons juste que le bleu de Chartres est obtenu grâce au sel de cobalt alors importé de régions proches de la Russie. Ce bleu très clair facilite la transmission de la Lumière jusqu’au fidèle.


Bleu de Chartres

Le bleu de Chartres, très clair,
facilite la transmission de la lumière jusqu’au fidèle.
Vitrail Notre-Dame de Belle-Verrière, chœur sud de Notre‑Dame de Chartres
© Julie de Lagaye

D’autres légendes sont liées à l’Alchimie : certaines sculptures contiendraient des secrets qui auraient été transmis par des initiés à l’Art royal, l’art de la transmutation des métaux en or. Sur le chapiteau d’un pilier, deux oiseaux buvant dans la même coupe — représentation fréquente dans l’art roman — serait ici un symbole alchimique représentant le Soufre et le Mercure puisant leur force dans la Pierre philosophale pour guérir les métaux impurs et les transformer en or.

Le signe du Zodiaque, les Gémeaux, est représenté par deux chevaliers, les bras croisés, protégés derrière un énorme écu décoré d’une escarboucle, sorte d’étoile à huit branches qui rayonne dans toutes les directions du bouclier. Cette escarboucle est, en Alchimie, le symbole de la pierre philosophale. Mais on peut aussi y voir deux chevaliers templiers ayant trouvé le saint Graal — la coupe qui recueillit le sang du Christ sur la croix — symbolisé par l’escarboucle.


Gémeaux avec bouclier à Escarboucle

L’escarboucle sur le bouclier du signe des Gémeaux symbolise‑t‑elle la pierre philosophale
qui transmute tous les métaux en or ?
(À sa droite, la Dialectique avec un dragon qui évoque la force des arguments à maîtriser)
Signe des Gémeaux, portail occidental de Notre‑Dame de Chartres
© Dominique de Lagaye

Cette présence du saint Graal est aussi évoquée par Melchisédech, le roi‑prêtre qui partagea le pain avec le patriarche Abraham (Gn 14, 18). Dans sa main, il tient une coupe surmontée d’un bloc. Ce peut être le pain et le vin partagé avec Abraham, le Mercure philosophal de l’alchimiste duquel émerge le Soufre philosophal ou le saint Graal qui aurait été ramené à Chartres par les Templiers.

L’arche d’Alliance, cette arche en bois d’acacia qui transporta dans le désert les tables de la Loi dictée par Dieu à Moïse est également sculptée sur un pilier avec cette mystérieuse inscription : « ARCHA CEDERIS HIC AMMTVP » que l’on pourrait compléter et traduire par « L’arche d’Alliance donnée, ici s’est perdue ». Certains prétendent que l’arche d’Alliance aurait été retrouvée par les Templiers dans les restes du Temple de Jérusalem, ramenée à Chartres pour finir par disparaître en même temps que l’Ordre en 1307. En réalité, cette sculpture est une représentation d’un passage biblique où les Philistins s’emparent de l’arche d’Alliance mais, devant les malédictions dont ils sont victimes, rendent le coffre sacré aux Hébreux (1 S 4‑7).


Arche d'Alliance

L’arche d’alliance évoque‑t‑il la présence de l’Arche à Chartres
ou simplement l’illustration d’un passage du premier livre de Samuel ?
L’arche d’Alliance, portail nord de Notre‑Dame de Chartres
© Dominique de Lagaye

Il existe de nombreuses autres légendes gravées sur la pierre de la cathédrale de Chartres. La tentation est grande de rechercher des mystères là où il ne s’agit que d’un enseignement biblique ou au contraire de nier une légende parce qu’elle n’aurait aucune trace historique. Loin d’être toutes fondées sur des faits scientifiques ou historiques, ces légendes — qui remontent à des traditions antiques — n’en sont pas moins très belles et très symboliques, et permettent à l’homme de progresser dans sa quête de la lumière divine.


[1]     « Dicebat Bernardus Carnotensis nos esse quasi nanos, gigantium humeris insidentes, ut possimus plura eis et remotiora videre, non utique proprii visus acumine, aut eminentia corporis, sed quia in altum subvenimur et extollimur magnitudine gigantea. »